L’histoire de Vallabrègues

Vallabrègues et son histoire

Vallabrègues, tantôt sur la rive droite du Rhône, tantôt îlot, est aujourd’hui le seul petit village gardois situé en terre provençale. La cité a longtemps fait l’objet des convoitises des seigneurs, et en posséder la terre était un privilège accordé aux dignitaires parmi lesquels figurent le Chevalier Delacroix, le Cardinal de Fréauville, Diane de Poitiers, le Comte de Leutz, Frédérick de la Marche, le Général de Boucicau…
Elle a longtemps fait partie des biens de la maison de Toulouse, dont le château de Vallabrègues au 12ème siècle. Bien que l’origine de la cité soit inconnue, Vallabrègues aurait été fondé avant Beaucaire, et les dernières fouilles ont permis de dater plus précisément sa constitution aux environs de 3500 ans avant Jésus Christ.

Le Rhône fut étroitement associé à la vie de la population, contrainte de supporter ses colères. Mais sa situation géographique exposée à de terribles inondations a permis de nourrir la plaine agricole d’un limon fertile et de multiples bas fonds d’oseraies. Ces derniers appelés aussi « baïsses » allaient fournir une partie des osiers travaillés par les vanniers de l’époque. Déjà établi en corporation dans le pays d’Arles au 13ème siècle, le métier de vannier fut officiellement organisé en France en 1467. Très souvent exercé par des nomades, une déconsidération assez nette se manifestait à l’égard du vannier ; on le considérait comme un bohémien vivant en marge de la société. Mais à Vallabrègues, on ne pratiquait pas uniquement la vannerie ambulante …

C’était une activité artisanale sédentaire importante. Le village eut d’ailleurs l’immense privilège d’avoir été choisi par Frédéric Mistral comme terre d’asile de Vincent, le vannier, amoureux de « Mireille ». Etaient regroupés au village 450 vanniers sur 1818 habitants ! La vie était intense avec théâtre, philharmonique, arènes, cinq cafés, de nombreuses fêtes votives ; une jeunesse grouillante et bruyante y pullulait. Les vanniers de Vallabrègues fabriquaient de nombreux articles pour le foyer, la pêche et surtout, et ce dans le dernier quart du 19ème siècle, de multiples emballages de vannerie (banastes, corbeilles, paniers…) Réclamés par les expéditeurs afin de transporter les marchandises.

Puis les nouvelles matières firent leur apparition : le plastique, le carton, les emballages en bois. Ce fut une lourde concurrence à laquelle les vanniers ne purent faire face. Les oseraies disparurent, l’agriculture, les bois prirent de plus en plus d’espace. La matière première importée élevait considérablement le prix de revient. Sans soutien face à la concurrence vive, les vanniers ont cédé, sans combattre, sans innover.

Un excellant ouvrage écrit par Charles Galtier « Entre Provence et Languedoc, les vanniers de Vallabrègues » relate cette tragédie, celle du noble métier de vannier. Sa conclusion est un hymne à l’avenir que la municipalité et le comité des fêtes veulent utiliser pour relancer cette activité qui fait cruellement défaut, et nous prive de nos racines, de nos origines.

La Vannerie française aujourd’hui

La vannerie française reçut le coup de grâce avec l’importation massive des vanneries d’extrême orient à des prix dérisoires. Seul contre cette concurrence sauvage et déloyale, un petit noyau d’artisans a subsisté en Touraine autour du village de Villaines-Les-Rochers. 70 vanniers y sont concentrés, soit le tiers des artisans français. On trouve l’essentiel de leur production rassemblée dans une coopérative. Depuis août 1994, un musée de la vannerie a ouvert ses portes sur Vallabrègues et en novembre 1997, l’activité vannière a été relancée par la venue d’un nouveau vannier.

En 1990, Vallabrègues a voulu réveiller ses souvenirs, et tous ses habitants se sont mobilisés pour faire revivre pendant 2 jours la fièvre des « baïssiers » : le joyeux retour au village des hommes partis plusieurs semaines récolter le roseau de Camargue. Depuis, chaque été, et pendant 2 jours, Vallabrègues retrouve son rôle de Capitale de la vannerie, chantée par Mistral, avec la venue d’artisans vanniers de tous les horizons. En partie grâce au dynamisme de Vallabrègues, la vannerie retrouve une place honorable et légitime ; de multiples contrats sont réalisés entre vanniers et acheteurs professionnels ou particuliers lors de cette manifestation unique en France. La vannerie connaît de nos jours un réel engouement ; on n’hésite pas à agrémenter son intérieur de paniers, corbeilles, malles ou bottes d’osier. D’une manière plus générale, l’artisanat passionne les français de l’an 2000 qui souhaitent renouer avec leur passé. Nous vivons dans une ère ultra moderne, mais on s’intéresse malgré tout au savoir-faire de nos ancêtres car l’essentiel est de transmettre des techniques obsolètes tellement riches en tradition, que l’on regretterait si elles venaient à disparaître.

La fête et ses objectifs

Sur la place de la calade, ombragée par ses hauts platanes, sont concentrés vanniers et artisans d’arts. Chacun présente sa production dans une folle ambiance d’immense atelier. Vallabrègues devient alors « Le village des vanniers ». Des familles complètes se mobilisent et retrouvent les objets témoins de la vie d’autrefois dans une effervescence pleine de gaieté. Vallabrègues revêt son costume des grandes occasions et s’y promener est un pur régal ; des paniers et des banastes sont suspendus dans les ruelles, les habitants décorent leur façade, leur portail, leur garage, leur balcon et leur porte d’entrée…

Certains vallabrègans s’habillent comme à la belle époque et circulent avec leur bicyclette. Ils participent très fiers au grand défilé des coupeur d’osier, au sein duquel fourmille une bonne douzaine de charrettes dont trois énormes, copieusement garnies de 300 paniers ou banastes.

Le dimanche matin se tient l’unique « Grand Messe des vanniers » dans les arènes du village. Et puis pendant 2 folles journées, on se balade dans l’exposition, on participe au dîner veillée des Baïssiers, on déguste l’aïoli géant, on sirote un petit jaune à l’ombre d’un platane et on danse dès que la musique s’en mêle… On vit comme le Vallabrègan d’antan.

Et puis, d’un coup, tout s’arrête. L’effervescence retombe et chacun retourne à ses occupations ; la fête est finie. Une certaine tristesse flotte dans tout le village, et pourtant, lorsqu’on surprend un brin de conversation, le dynamisme des vallabrègans l’emporte ! Le lendemain de fête, on imagine déjà celle de l’an prochain et on se met à rêver … Les idées affluent et ce que chacun souhaite, autant organisateur que participant et visiteur, c’est que ces moments forts se renouvelleront encore et encore.

Objectif culturel

Vallabrègues souhaite renouer avec son passé et promouvoir le noble métier de vannier. La vannerie doit atteindre un large public régional, départemental, national et mondial car tous les pays tressent des fibres végétales (osier, rotin, paille, joncs, cannes). En réponse à de nombreux courriers, des vanniers de la Communauté Européenne ont été conviés et sont venus exposés leurs ouvrages. Vallabrègues désire devenir la plaque tournante de la vannerie. Durant cette manifestation, c’est le seul endroit où se mobilisent les vanniers d’horizons divers pour faire apprécier des objets de grande qualité qui appartiennent à un patrimoine populaire incontestable.

Objectif artisanal

La municipalité a réussi à renouer avec le passé en accueillant à Vallabrègues un vannier : Monsieur BENIBGHI Daniel qui a en parallèle, investi dans la culture d’une oseraie à Vallabrègues. Grâce à cette nouvelle activité vannière, la commune complète la structure des métiers et des arts, présents en nombre croissant dans Vallabrègues.

Dans le futur

La municipalité et son comité des fêtes visent à accueillir un nombre plus important d’exposants afin de satisfaire les demandeurs refusés chaque année faute de structure adaptée, et d’offrir aux visiteurs encore plus de choix. L’objectif prioritaire étant de rester à la hauteur de ses attentes mais surtout de rester la référence de la vannerie française et européenne. Pour cela des contraintes supplémentaires sont à envisager : la mise en place d’hébergements, la modernisation des stands, des parkings adaptés, des navettes de transport dans le village et ce, en relation avec les villes les plus proches, sans parler de la mise en place de tout un système de sécurité, de propreté…

La fête de la vannerie a mis le train en marche en 1990… Les passagers se font de plus en plus nombreux, et les clefs de la réussite et de sa continuité résident dans son organisation et dans l’aide apportée par tous les partenaires locaux, généraux, et idéalement régionaux et de la CEE.

Quelques chiffres

  • Nombre d’habitants à Vallabrègues : 1300
  • Nombre d’exposants vanniers en 1990 : 10
    Nombre d’exposants vanniers en 2006 : 48 (dont des vanniers allemands, anglais, espagnols, israéliens et la dernière coopérative vannière de France)
  • Nombre d’exposants artisans en 1990 : 15
    Nombre d’exposants artisans en 2006 : 45
  • Nombre d’entrées payantes en 1990 : 3 000
    Nombre d’entrées payantes en 2006 : 9 779
  • Nombre total de visiteurs en 2006 : 12 000
  • Exposants en 2009 : 46 artisans et 32 vanniers d’Europe et du Monde entier (dont des vanniers venant de Grande-Bretagne, République Tchèque, Danemark, Israël…)